La terrasse

Elle aimait cette maison plus que tout, cette terrasse ombragée le matin, ensoleillée l’après-midi, c’est là qu’elle s’installait pour prendre son thé, réfléchir, se reposer et bien sur écrire ses nombreuses lettres.

Comme si l’inspiration poussait dans les arbres du jardin et circulait en même temps que l’air frais qu’elle respirait, chaque fois qu’elle venait ici, elle écrivait des dizaines de lettres.
Désuet me direz-vous à l’heure des SMS, d’internet et même de notre bon vieux téléphone, mais elle aimait sentir la plume glisser sur le papier, et elle aimait plus que tout imaginer la tête de ses correspondants à la lecture de ses mots soigneusement choisis.
C’est ici qu’elle avait écrit son premier roman, intégralement à la plume, c’est ici aussi qu’elle avait conquis son premier mari, ici qu’elle l’avait répudié, renvoyé à ses vices et ses multiples défauts.
C’est ici qu’elle avait commencé à harceler la maitresse de son second mari, qu’elle l’avait poussé à la dépression sans même déguiser son écriture, en oubliant tout de même d’apposer sa signature à cette correspondance malsaine et à sens unique, qu’elle avait initiée. Elle avait ensuite reconquis ce mari infidèle, lui écrivant des lettres d’amour beaucoup plus inspirées par l’amour des mots que par celui de l’individu en question.
Mais ce matin la plume restait immobile, ses pensées s’égaraient et l’inspiration semblait la fuir…
Ce matin, elle devait écrire l’éloge funèbre de sa fille unique et sa main, son esprit, son cœur s’y refusaient. Elle alignait trois mots puis froissait la feuille trempée de ses larmes. Elle reprenait courage, commençait une phrase, barrait, rayait et déchirait…
Elle ne sentait plus la quiétude de la terrasse, elle n’était plus apaisée par les arbres du jardin, les chants des oiseaux, la douce brise printanière qu’elle aimait tant.
Lorsqu’enfin elle écrivit : Ma chérie, ne t’inquiète pas, j’arrive bientôt… elle termina la tasse de poussière de cyanure qu’elle s’était procurée  auprès d’un collectionneur de minéraux, elle reposa sa chère plume et attendit patiemment…

Ce texte est une participation au quatrième jeu d’écriture initié par Madame Kévin et Lizly avec une superbe photo fournie pour l’occasion par Thé Citron

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18 réflexions sur « La terrasse »

  1. Mais il est superbe ton texte Béa! Bravo!!!
    Et comment se fait-ce que je n'aie point vu que le quatrième volet était lancé??

  2. Merci Poulette !
    T'étais pas en train de faire bronzette loin de la blogosphère par hasard quand le 4ème acte est sorti ?

  3. Je suis sidérée par ton imagination. Je mets en ligne.
    Très sympa l'idée de la photo en oblique. Enfin pas en oblique. Enfin je me comprends !

  4. Madame Kévin : oui mais cette fois pas d'humour …enfin si l'humour c'est google qui me colle une pub pour harlequin juste à côté ! ( ouff elle a été remplacée)

  5. Mince j'avais eu l'idée du suicide, moi aussi, va falloir que je trouve autre chose maintenant ! 😀
    Très beau texte, empreint de sentiments, bravo !

  6. Noir c'est noir… que de choses dans ce texte…mais j'avoue avoir une préférence pour les textes noirs et durs 😉

    j'avais eu l'idée d'un corbeau mais j'ai laissé tomber pour autre chose… je lis les textes tant que ça ne ressemble pas à mon idée pour ne pas être influencée!

    ps : trop fort, mon mot à copier c'était "wordsms"!

    1. moi je ne lis rien du tout tant que je n’ai pas fait mon texte, comme ça je ne suis pas influencée 🙂
      C’est quoi l’histoire du mot à copier ? J’ai raté quelque chose ?

  7. c’était le captcha de ton ancien blog, genre à chaque fois que tu laisses un com ça prend 3 plombes parce qu’il faut recopier un mot, chouette ya plus ça ici!

  8. c’est beau. Je rentre dans le texte, m’identifie au personnage, commence à ressentir la douce chaleur de l’après midi sur cette terrasse et là …pff j’encaisse le choc … et j’adore ça, vive l’écriture et vive la lecture! MERCI

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