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L’éducation aux USA : décryptage

L’enfant Roi , ses activités : choisies ou imposées !  

Comme le disait très justement M.Kine hier, en commentant mon dernier billet, les USA ont la réputation de traiter leurs enfants comme des rois. Et même s’ils s’en mordent un peu les doigts maintenant, ça partait d’un bon sentiment !
D’où la reprise de mon « moto » actuel : le mieux est l’ennemi du bien !
Personnellement j’ai extrêmement apprécié ce pays ou de multiples activités sont proposées dès le plus jeune âge. Pour avoir enseigné en Français avec des tout-petits dont ce n’était pas la langue, je sais à quel point les enfants apprennent vite et bien mieux que les adultes dont les neurones sont déjà en perdition ( quand il leur en reste !), dont les cordes vocales sont déjà figées et j’en passe…
Et quoi qu’en pense notre gouvernement actuel (qui essaie de nous sucrer la maternelle), les enfants de trois ans sont demandeurs de toutes sortes d’activités que leurs parents ne peuvent pas forcément leur proposer.
Grand Monstrou a commencé la gymnastique à  5 mois et  a fait sa première galipette à six. Il a également participé à une classe d’éveil musical et c’est là qu’on touche à la limite du modèle américain à deux vitesses ! Il y a effectivement de multiples possibilités d’éveiller et de distraire nos tout-petits à condition d’avoir les MOYENS !
Et c’est là que le bas blesse, car si une mince catégorie de familles peut inscrire leur progéniture à toutes sortes d’activités palpitantes et  généralement très bien conçues, la masse, l’enfant issu de famille d’américains «  moyens » devra attendre jusqu’à 5 ans avant de pouvoir entrer à l’école publique. Autant dire que c’est absolument contre toutes mes convictions  qu’elles soient au sujet de l’enseignement aux plus jeunes ou encore de l’égalité des chances…
Pour peu que la famille soit peu intéressée (ou pas outillée) par le développement de l’enfant, certains arriveront à 5 ans en Kindegarten  sans avoir jamais appris à tenir un crayon, une paire de ciseaux, vu un alphabet etc. Et là, à 5 ans on décide de leur apprendre à lire, à compter avec  un peu d’additions et de soustractions  dans l’année !  Est-il nécessaire que je précise que les enfants issus de familles qui ont eu les moyens de payer la maternelle privée avant 5 ans sont favorisés ? Et je ne parlerai même pas des 50% d’enfants qui ne parlent que l’Espagnol à la maison et qui sont catapultés dans des écoles tout en anglais …
Bon, les bases sont posées, aux Etats-Unis d’Amérique,  si tu nais dans la « mauvaise » famille tu as tout faux ! ( Oui je sais c’est pareil en France mais c’est moins marqué, justement parce que nous avons encore une école publique forte !).
Regardons un peu du côté d’une famille un peu plus aisée. Bébé a été accueilli comme le messie et comme l’on veut mettre toutes les chances de son côté il a suivi dès l’âge de 6 mois des classes diverses et variées telle que «  baby paint » ( peinture), «  baby art » ( activités manuelles en tout genre), gymnastique, musique, langage des signes… A deux ou trois ans il a débuté la « preschool » (maternelle payante de 2 à 4 ans) et a déjà appris les chiffres et les lettres, à tenir son crayon, manipuler toutes sortes d’objets etc.  Toujours selon les moyens de la famille, il ira dans une maternelle normale, pour plus cher dans une maternelle à pédagogie active ( montessory), ou encore dans une maternelle où il apprendra un second langage ( voire troisième s’il a une « nanny » hispanique).
On assistera là à une division de la classe aisée par la situation de la mère.
-Soit la Maman a une situation hyper bien payée (et importante), et l’enfant aura sa nanny en permanence près de lui pour gérer toutes ses activités, ses horaires etc.
-Soit  le travail de la Maman ne la rémunérait pas  suffisamment et  elle a quitté son travail afin de pouvoir gérer l’emploi du temps de son ou ses enfants.
Parce qu’avec une école qui ferme ses portes à 11H00, ou 13 H00 ou 15H30 au mieux il est quasiment impossible pour une Maman de conserver son travail.  Si en plus l’enfant est inscrit à une ou plusieurs activités (et si on a plusieurs enfants), on se transforme vite en chauffeur personnel de sa descendance !
On ne vous le dira sur aucun guide touristique, mais la société Américaine est restée vraiment machiste car à partir du moment où l’on devient Maman, tout est fait pour qu’on ne puisse plus travailler !
Etant moi-même enseignante là-bas j’ai  vite calculé que payer une preschool plus la garderie tous les après-midi n’était pas rentable, d’autant plus qu’avec les bouchons que je subissais tous les jours pour me rendre dans mon école ( 1H00 le matin et au moins 1H30 le soir pour  faire environ 15km) je n’aurais que très peu vu mon Grand Monstrou.
Alors oui, j’ai adoré toutes ces classes proposées en dehors du cursus scolaire. A mon grand dam ( c’est là qu’ont commencé les cascades à la maison), les cours de gym ont fait le plus grand bien à Grand Monstrou parce qu’il était plus cérébral que physique et parce qu’il pouvait interagir avec d’autres adultes que son père ou moi.
Et j’ai détesté ces  même classes pour l’abus qu’on en faisait ! Car trop souvent, l’enfant Roi est un enfant «  surbooké », qui enchaine diverses activités qui pourraient être enrichissantes et épanouissantes si elles n’étaient pas trop nombreuses (le mieux est l’ennemi du… BIEN, c’est bien vous suivez !)
Peu après notre installation en Californie, comme je travaillais à mi-temps, je donnais des cours privés de Français. L’une de mes premières élèves : India était en CP au lycée international où je travaillais et ses parents étaient très inquiet car elle ne suivait pas en classe, ne faisait pas ses devoirs et ses résultats s’en ressentaient.
Si j’ai assez vite cerné le problème de cette petite, je me suis heurtée à un mur d’incompréhension de la part de ses parents, et j’ai mal au cœur d’avouer que je n’ai rien pu faire pour elle !
Famille très aisée, les deux parents ayant des postes à responsabilité, une nounou vivait avec eux pour gérer tout le quotidien et bien sur les deux  enfants.
India avait classe tous les jours jusqu’à 15H30, sa Nounou allait la chercher avec son gouter puis reprenait la route (et donc les bouchons) pour aller : le lundi à la classe de danse, le mardi à la classe de piano, le jeudi à une classe d’art et le vendredi était réservé au karaté(on m’avait donc casée le mercredi !).
En gros, entre les classes et les routes engorgées du soir, cette petite n’arrivait jamais chez elle avant 17h00 voire 17H30. Sachant que la plupart des familles américaines dine entre 18H00 et 18H30, pas question de se détendre en arrivant il fallait faire les devoirs pendant que la nounou préparait le diner !
La gamine n’avait aucun problème d’apprentissage ou de «  niveau », elle était juste complètement débordée, fatiguée par ce trop plein d’activités.  Bien souvent lorsque j’arrivais le mercredi, elle m’attendait  à la table du diner, ses cahiers et livres ouverts dans un état proche de la catalepsie !
J’ai eu beau expliquer aux parents  que c’était trop pour elle, qu’un enfant avait besoin de moments à lui pour NE RIEN FAIRE, c’était incompréhensible pour eux.  D’abord, toutes ces activités extrascolaires  étaient nécessaires pour son «  curriculum » ( helloooooo elle a 6 ans !), pour pouvoir intégrer de bonnes écoles plus tard.
 Et puis les parents avaient de grandes attentes pour leur fille et voulaient qu’elle connaisse un maximum de choses. Rien n’y a fait ! L’enseignante qui était une de mes collègues a confirmé mes dires en expliquant qu’India était, la plupart du temps, complètement apathique en classe et qu’il faudrait peut-être alléger son emploi du temps.
Ce qui devait arriver arriva… la petite n’avait pas le niveau requis pour continuer en CE1, le maintien en CP a donc été proposé mais les parents ont trouvé ça inconcevable et l’ont immédiatement changé d’école.
Si elle n’a pas terminé complètement dépressive, cette petite ( qui doit être ado maintenant) doit avoir certes une bonne culture générale, elle doit savoir un peu danser, un peu jouer du piano, un peu parler français etc… Un petit peu de tout quoi, mais rien de complet et surtout rien qui ne l’intéresse  vraiment par manque de temps pour apprécier une chose plus qu’une autre…
Vous la voyez arriver la conclusion ? Ces parents qui voulaient le mieux pour leur fille l’auront au final étouffée  avec  les diverses activités et stimulations qu’ils lui auront payées.
Le mieux est l’ennemi du bien : CQFD !
PS : je félicite les courageux qui m’auront lue  jusqu’au bout, vous aurez deviné que je n’ai jamais suivi de classe de «  synthèse » ! 🙂

 

Le père-noël est une peste !

Je suis très fière de vous annoncer que le Père-Noël en personne fait partie du club des Pestes.
Je ne reviendrai pas sur le coup du «  cadeau commun » qui consiste à amener une Wii à la maison , Wii que je n’ai jamais le temps d’allumer et qui est donc destinée à prendre la poussière puisque Mr Poux a repris ses horaires de dingo. Mais c’était déjà un bel indice de la « Pestitude » du gros barbu !
Non, il s’agit du Noël de Petit Monstrou qui a reçu au milieu de plusieurs joujoux : un oignon, tout beau tout rond.
Pour rappel, le mois de Décembre a été plutôt terrible avec ce petit bonhomme qui, sous prétexte qu’il a maintenant une vie sociale à l’école, avait décidé de n’en faire qu’à sa tête à la maison. Entre ses réponses insolentes, le fait qu’il soit presque handicapé moteur au point de ne pas savoir ranger un seul jouet (non ce n’est pas SEULEMENT du au fait que ce soit un ptit mec),  et ses crises de colère, le mois dernier fut long et pénible.
J’en étais arrivée à rêver d’internat, de bonne vieille pension jésuite, mais ça ne se fait pas en Petite Section (allez savoir pourquoi !).
Rien n’y a fait : les leçons de morale, le vilain chantage au Père-Noël qui n’allait jamais vouloir lui amener quoi que ce soit vu son attitude … (tant qu’à mentir et inventer un gros bonhomme barbu qui circule en traineau avec des rennes volants, autant mentir « utile » et en profiter un peu). Les crises de colères se multipliaient, ma patience s’amenuisait pendant que mon stress se décuplait.
Bref pour citer Thiéfaine : «  si ça continue faudra que ça cesse » !
C’est le 24 au soir que l’heure de la vengeance a sonné ! Bien entendu malgré mes menaces de maitre chanteur en herbe j’avais, oups : le « Père-Noël » avait prévu des jouets pour chacun des monstroux.
Mais au milieu des paquets de Petit Monstrou, trônait un petit sachet contenant un oignon, des couches  et une lettre signée de ma sa propre main.  ( c’est quand même bien pratique que Petit Monstrou ne sache pas lire et donc qu’il ne puisse pas encore reconnaitre mon écriture).
Aller, je suis si fière de moi sur ce coup là que je vous copie la lettre de Santa Claus :
Mon Petit M….
Cette année je t’ai amené quelques jouets mais aussi quelques couches car je sais que tu fais toujours pipi au lit. Je voudrais que d’ici l’an prochain tu n’aies plus besoin de couches la nuit.
Je t’ai aussi amené un oignon car tu as fait beaucoup de «  crises » à tes parents cette année.
J’espère que l’an prochain, à la place de l’oignon tu auras un jouet parce que tu ranges bien et que tu ne fais plus de «  crise ».
Joyeux Noel
Le Père-Noël
J’avoue que j’ai eu un peu peur quand ma tête de bois de Petit Monstrou a passé la journée à se promener avec son oignon sous le bras, décrétant qu’il allait le manger et que c’était SON oignon…
Nous avons, bien sûr, fait disparaitre le bulbe au moment du dîner ( bonjour l’odeur des bisous après), mais nous relisons religieusement ( athéiquement  ça se dit pas ?) la lettre du Père-Noël tous les soirs.
Je ne suis pas sûre que Françoise Dolto valide mes méthodes mais c’est là que je m’auto-félicite, que je me réjouis d’être une vraie peste, parce que ça MARCHE !
Bien évidemment mon Petit Monstrou ne s’est pas transformé du jour au lendemain en petit Ange obéissant et complaisant (en même temps avec les parents qu’il a… y’a des gènes quand même !) mais nous n’avons pas eu de grosse crise de colère depuis Noël.
Il y a toujours un problème de ton employé ou de répliques cinglantes qui me font dresser les cheveux sur la tête venant d’un gamin de trois ans, mais nous sommes sur la bonne voie.
Et puis d’ici quelques années, la Petite souris pourra prendre le relais et amener une gousse d’ail avec une lettre bien sentie (et certainement bien odorante) !